Cadmium : ce contaminant invisible qui nous expose au quotidien
- laurent hergott
- 16 avr.
- 3 min de lecture
Pain, pâtes, pommes de terre, céréales du petit-déjeuner… Et si ces aliments du quotidien étaient une source majeure d’exposition à un métal lourd toxique et cancérogène ?
C’est le cas du cadmium, un contaminant encore peu connu du grand public, mais aujourd’hui considéré comme un véritable enjeu de santé publique.
Un contaminant issu de l’agriculture moderne
Le cadmium est naturellement présent dans la croûte terrestre, mais sa concentration a fortement augmenté avec les activités humaines, en particulier l’utilisation d’engrais phosphatés.
Ces engrais, utilisés en agriculture conventionnelle, contiennent du cadmium qui :
s’accumule dans les sols
est absorbé par les plantes
se retrouve ensuite dans notre alimentation
Contrairement à d’autres polluants, il ne se dégrade pas. Il s’accumule dans l’environnement… et dans notre organisme.
Aujourd’hui, l’alimentation représente jusqu’à 98 % de notre exposition au cadmium.
Un toxique qui s’accumule dans le corps
Le cadmium est un toxique cumulatif :
il s’accumule principalement dans les reins et le foie
il est éliminé très lentement (jusqu’à plusieurs dizaines d’années)
il est classé cancérogène avéré
Il agit notamment en perturbant les cellules et en endommageant l’ADN, avec des effets à long terme sur la santé (atteintes rénales, osseuses…).
Les enfants : les grands oubliés de cette exposition
Les chiffres sont particulièrement inquiétants chez les plus jeunes :
23 à 27 % des enfants dépassent les seuils d’exposition recommandés
contre seulement 1,4 à 1,7 % des adultes
Cela signifie que les enfants sont jusqu’à 15 à 20 fois plus nombreux à être en situation de surexposition.
Pourquoi une telle différence ?
ils mangent plus que les adultes rapporté à leur poids
leur organisme est en développement, donc plus sensible
l’exposition commence très tôt et s’accumule toute la vie
D’autres populations sont également à risque :
les femmes, notamment en cas de carence en fer (absorption multipliée jusqu’à 20 %)
les femmes enceintes
les fumeurs, fortement exposés par inhalation
Des aliments du quotidien en première ligne
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les aliments les plus contributeurs ne sont pas les plus contaminés… mais les plus consommés :
pain et produits céréaliers
pommes de terre (environ 20 % de l’exposition chacun)
pâtes et biscuits (environ 10 %)
D’autres aliments sont plus riches en cadmium mais moins consommés :
crustacés, abats, algues, chocolat
Le bio : une solution imparfaite mais intéressante
La question du bio fait débat, mais plusieurs données sont encourageantes.
Une étude montre que les niveaux de cadmium peuvent être 2 à 4 fois plus faibles en agriculture biologique pour certains légumes (tomates, pommes de terre, oignons, carottes).
Pourquoi ?
l’agriculture biologique limite fortement l’usage d’engrais phosphatés, principale source de contamination
En agriculture conventionnelle, ces engrais enrichissent progressivement les sols en cadmium.
À nuancer :
le cadmium reste présent naturellement dans les sols, y compris en bio
certains aliments (comme le chocolat) peuvent être contaminés quel que soit le mode de production
➡️ Le bio ne supprime pas totalement l’exposition, mais il peut la réduire de manière significative.
Comment limiter son exposition au quotidien ?
Il est impossible d’éviter totalement le cadmium, mais des actions simples permettent de réduire les risques :
✔️ Varier son alimentation→ éviter de consommer tous les jours les mêmes aliments (céréales, pommes de terre)
✔️ Diversifier avec des légumineuses→ lentilles, pois cassés, pois chiches…
✔️ Privilégier le bio quand c’est possible→ notamment pour les aliments du quotidien
✔️ Éviter le tabac→ une source majeure d’exposition (bien plus importante que l’alimentation)
À retenir
Le cadmium est un polluant alimentaire majeur et cumulatif
Les enfants sont les plus exposés, avec jusqu’à 1 sur 4 au-dessus des seuils
Les aliments du quotidien sont les principales sources
Le bio peut permettre une réduction de l’exposition (jusqu’à 2 à 4 fois moins)
La clé reste une alimentation variée et diversifiée
Moussa, N. (2026, 4 avril). Cadmium : les clés pour comprendre ce nouvel enjeu de santé publique. Le Monde.




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